Des grains bio de brocoli le 12 novembre 2011, dans une ferme de Plouescat, dans le Finistère. Photo Fred Tanneau. AFP

Semer (et cultiver) tout en préservant la biodiversité

Écrit par aGuibert
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Pour les jardiniers débutants, soucieux de l’environnement, le choix des graines peut être un vrai casse-tête. Des associations et des paysans proposent néanmoins des alternatives au marché des semences pour favoriser la diversité végétale.

 Article écrit par Florian Bardou, et paru sur : https://www.liberation.fr/france/2019/04/13/semer-et-cultiver-tout-en-preservant-la-biodiversite_1718866

Quand faut-il faire ses semis ? Mais, surtout, quelles graines planter ? Au moment de semer, les jardiniers en herbe, qu’ils aient un balcon ou un potager, sont souvent désemparés. S’ils ont une conscience écolo poussée, l’affaire apparaît encore plus compliquée : les semences vendues dans les grandes enseignes de jardinage sont-elles «vertes» ? Et sinon, par quoi les remplacer ? Le premier réflexe des amateurs est, bien souvent, de se rendre dans une jardinerie – ou de surfer sur leurs sites internet. Une bonne idée ? Ces dernières années, le bio a fait son entrée au rayon graines à côté des semences conventionnelles et des variétés hybrides F1, des semences privilégiées pour leurs résistances mais qui ne sont pas reproductibles. Cependant, pour Ananda Guillet, président de l’association Kokopelli, «ce n’est pas gage de qualité». «C’est un moindre mal, estime ce militant de "la libération de la semence et de l’humus". Le label AB indique seulement que les variétés qu’on achète ont été cultivées en respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique, c’est-à-dire sans intrants chimiques.»

De fait, et c’est le principal reproche qui leur est adressé, ces graines en apparence inoffensives sont tout autant sélectionnées que les graines issues de l’agro-industrie, protégées par des droits de propriété intellectuelle, et ont été sélectionnées par les grands semenciers comme le groupe Limagrain en vue de leur commercialisation. A cette fin, elles ont donc été préalablement inscrites au catalogue officiel élaboré par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis), qui recense un nombre restreint de variétés de semences autorisées (3 000 pour les variétés de légumes) et exclut, malgré la législation européenne, les semences dites paysannes, c’est-à-dire non certifiées et produites par l’agriculteur à l’issue d’une récolte. «Le choix est très large, avec des variétés nouvelles, mais également des variétés anciennes, des variétés patrimoniales, et des variétés plus originales pour répondre aux multiples motivations des jardiniers pour la culture d’un potager», défend cependant Dominique Daviot, secrétaire général de la Section potagères et florales du Gnis.

Grainothèques

D’autres options s’offrent néanmoins au jardinier non professionnel soucieux d’entretenir la variété végétale – car c’est de cela qu’il s’agit face à l’érosion de la biodiversité cultivée déplorée par l’ONU rapport après rapport. Comme le rappellent en effet les partisans de la graine libre, des bourses d’échange de graines et de plants, en particulier les fameuses variétés paysannes, sont par exemple régulièrement organisées partout en France, notamment par les membres Réseau des semences paysannes, qui fédère des artisans semenciers, des associations de préservation de la biodiversité, des associations de l’agriculture biologique, etc. «A l’inverse de la plupart des variétés commerciales classiques, les semences paysannes sont des populations diversifiées et évolutives et de ce fait adaptables aux différentes conditions de culture, aux différents climats et aux différents terroirs, plaide Antoine Menou, administrateur du réseau né en 2003. Elles ne sont pas des clones nécessitant des béquilles chimiques.» 

Très en vogue, le troc de graines – qui est l’option la moins onéreuse – est aussi encouragé par l’association rochelaise Graine de troc créée en 2012 par un militant écolo Sébastien Witterwert. Comment ? Grâce à une plateforme d’échange en ligne, qui revendique 23 000 troqueurs en six ans, et l’installation, généralement dans les médiathèques, de 800 grainothèques, des petites caisses comme les boîtes à livre où chacun peut se servir à condition de déposer quelques graines potagères de son cru. «Nous ne nous inscrivons pas dans une logique commerciale mais dans une logique de conservation variétale et de l’éducation à l’environnement», souligne à ce propos Sébastien Wittevert, un ancien informaticien.

Mais contrairement à une idée reçue, les non-professionnels peuvent aussi se fournir directement auprès des artisans semenciers, spécialisés dans la semence paysanne bio, comme les agriculteurs du Biau germe, dans le Lot-et-Garonne, ou de l’association Kokopelli, qui se bat depuis 20 ans pour «l’autonomie semencière», malgré des démêlés judiciaires. «La réglementation n’interdit pas aux artisans semenciers qui le souhaitent de vendre des semences de variétés non-inscrites à des jardiniers amateurs qui en font un usage non commercial», précise Antoine Menou, administrateur du Réseau semences paysannes et lui-même maraîcher. «Ce qui est interdit, c'est de vendre des semences destinées aux professionnels qui ne sont pas inscrites au catalogue, ajoute-t-il. Rien n'interdit de produire pour soi-même, d’avoir en sa possession, de semer, de récolter et le cas échéant de vendre des produits issus de semences de variétés non-inscrites au Catalogue officiel des variétés.» Des savoir-faire qu’il est tout autant impératifs de transmettre et de préserver, selon les associations.

Florian Bardou