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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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Semences Paysannes au Brésil : des enseignements précieux

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Livre : Voyage autour des blés paysans, par le Réseau Semences Paysannes
Bulletin n°9 | Novembre 2004

En mars 2004, 3 paysans et technicien français (Jean-Jacques Mathieu, Patrice Gaudin et Bertrand Lassaigne) sont partis au Brésil pour échanger avec des paysans brésiliens sur les expériences de sélection participative en maïs. Voici le témoignage de ce qu’ils ont vécu là-bas. Par Jean-Jacques Mathieu, paysan dans l’Aude

Il y a une quinzaine d'années suite a une volonté

politico-économique, les semences paysannes avaient quasiment disparues du paysage brésilien au profit de semences commerciales hybrides entraînant ainsi une dépendance des paysans vis a vis de semences non réutilisables et en outre non acclimatées car provenant d'autres pays (Etats-Unis, Europe). Cependant l’initiative de quelques paysans amoureux de leurs semences et surtout conscients de leur rôle de préservation du patrimoine ont su, avec l’aide d’animateurs locaux, recréer une dynamique de production à travers les échanges de graines par le biais de réunions locales, puis régionales, interrégionales et enfin nationales. Ainsi, la fête des semences paysannes d’Anchieta a accueilli en 2003 15.000 paysans !

Vallée d'Anchieta où deux paysans et un animateur local ont décidés voici une douzaine d'années de travailler sur la sélection de populations maïs (grâce a leurs femmes qui avaient continué d'utiliser les populations locales pour nourrir les animaux de la ferme et ainsi ont sauvegardé ces vieilles variétés). Adriano, l'animateur du syndicat régional s'est donc mis à potasser tout ce qui pouvait exister comme bouquins sur le maïs puis a déterminé avec les paysans quels critères prendre en compte: hauteur de l'épis, dureté de la tige empêchant toutes attaque de pyrales, enveloppe de l'épis fermé annihilant la formation de moisissure ainsi que l'attaque de ravageurs...

La technique de sélection mise au point au fil des ans est impressionnante de par sa complexité et surtout le résultat qui en découle avec des populations à haut potentiel de rendement (80 à 110q/ha) qui ne demande pas de gros apports en fertilisant et irrigation!! Voici un bel exemple de complémentarité entre paysans et un animateur passionné. Ce travail qui a commencé à trois regroupe aujourd'hui plus de 700 familles et a permis à Anchieta de devenir la capitale de la semence paysanne avec 20 000 visiteurs cette année!!! J’admire le travail sensationnel qu'effectue Adriano, sans forcement être payé, car son syndicat connaît de gros problèmes de trésorerie.

L'état ne soutient pas de telles initiatives pourtant cruciale dans un pays où la misère est plus que visible. A noter qu'Adriano a écrit 6 livres sur la sélection (à compte d'auteur), avec beaucoup de sacrifices pour aller au bout de sa passion, qui est clairement d'intérêt général. Dans les différentes régions où l’on a été accueillis, on retrouve toujours le même schéma c’est-à-dire regroupement des agriculteurs (plusieurs centaines de familles) autour d’un syndicat ou d’une coopérative ou d’un centre écologique, avec production de semences paysannes (plusieurs variétés de maïs, haricots, carottes, oignons, salades, ainsi que blé ou riz). En fait il s’agit ici du surplus de production des paysans, dont le 1er but est l’autoproduction.

Comme en France, la loi interdit au Brésil la vente de semences paysannes, mais ils ont décidé de passer outre et de créer en ville la « maison des graines » (et non des « semences » vu la législation). La « maison des graines » est le lieu où les paysans apportent leur surplus de semences où elles sont échangées ou vendues. Des paysans d’autres régions y viennent ce qui améliore l’adaptabilité génétique. L’aspect sociologique de ce lieu est très important par l’échange humain qui s’y est développé. Maison qui a aussi popularisé la semence paysanne auprès des villageois qui cultivent leur jardin. La qualité (pureté,..) n’est pas sérieusement contrôlée mais c’est en projet pour développer une production commerciale à plus grande échelle qui apporterait un revenu supplémentaire aux paysans.

Dans la région de Bagé, les nouveaux installés depuis 15 ans (anciens sans terre) ont décidé de créer la première et la seule coopérative de production de semences potagères biologiques : « BIONATUR ». 70 familles produisent puis livrent leur récolte au siège de la coopérative où tout est séché, trié, empaqueté puis commercialisé dans les grandes villes via les épiceries de produits biologiques des sans terre. Ils travaillent sur l’autocontrôle et la confiance car la production n’est pas certifiée bio. Ils veulent garder leur indépendance et ne pas payer un coût supplémentaire de certification. A noter qu’ils vendent leurs semences bio au même prix que les conventionnelles.

Ce dynamisme autour des semences paysannes, depuis une dizaine d’années, a permis des avancées récentes sur la législation. Un « flou législatif » est toléré autour des semences paysannes, les considérant comme « biodiversité » patrimoine de l’humanité, permettant notamment de les échanger. Mais des dangers guettent. Notre rencontre avec la recherche publique les a mis en avant. Tout d’abord au sujet du financement de la sélection participative (chercheurs, paysans) débutée récemment au sein de l’EMBRAPA, l’institut brésilien de Recherche agronomique, mais aussi concernant les OGM (voir encadré). Au niveau des média, la seule vision communiquée au grand public est celle des films publicitaires de MONSANTO et de l’EMBRAPA. Les différents mouvements de petits paysans (MST, MPA, NMA) se sont regroupés et communiquent leurs alternatives via les fêtes de la semence paysanne, des manifestations. Les petits paysans brésiliens ont d’énormes défis à relever : la sauvegarde de la biodiversité face aux OGM et les obtentions végétales, mais surtout n’oublions pas les 500.000 sans terre qui attendent toujours que le gouvernement leur vende à crédit un petit lopin. Même si ce sont des terres incultes (en friches et vallonnées) sans arbres ni maisons, ni routes praticables, au moins ils retrouvent leur dignité et le courage de créer en quelques années un lieu plein de vie où, comme on a pu le constater, la semence paysanne non seulement a sa place mais est source de réussites.

Si en Europe comme dans tout « pays développé » les rapports entre paysans et le reste du vivant (animal et végétal) se cantonnent de plus en plus sur un plan économique directement issu d’une philosophie a la fois rationnelle et matérialiste qui place l’homme « comme maître et possesseur de la nature », au contraire l’agriculture familiale brésilienne vit en harmonie avec son environnement. Ceci explique ce profond respect pour les semences (on a pu constater par exemple que la plupart des paysans consacrent une pièce entière de leur pourtant modeste maison au stockage des semences). Semences qui ont généralement un historique très lointain comme le maïs d’origine MAYA ou AZTEQUE qui continue générations après générations à être amélioré. Cette première mission a permis de nourrir le programme de sélection participative sur le maïs lancé en France par Bio d’Aquitaine. Elle aboutira à terme sur un documentaire et des collaborations futures.

Un remerciement spécial à Maria Carrascosa et son compagnon pour leur accueil et leur aide dans l’organisation de ce voyage, ainsi qu’à tous ceux qui nous ont soutenu financièrement et matériellement (Holos, CNDSF, CICDA, Réseau Semences Paysannes et soutiens individuels).

Recherche publique, sélection participative et OGM

Altaïr Machado travaille depuis 20 ans sur un programme de sélection participative, qui a débuté initialement en dehors de la recherche publique, puis a été intégré au sein de l’EMBRAPA. L’élection de Lula a permis la publication en 2004 d’une nouvelle loi sur les semences reconnaissant les concepts de semences créoles et de sélection participative.

Le programme de sélection participative concerne aujourd’hui 5000 familles d’agriculteurs. Son objet est la gestion de l’agrobiodiversité in situ avec une approche agro-écologique en vue de la durabilité de l’agriculture familiale et de la réforme agraire. Il entend s’attaquer aux conséquences sociales et culturelles, et pas seulement agronomiques, de l’érosion génétique. Il concerne des régions en marges des grandes cultures industrielles et au départ essentiellement le maïs. L’objectif final est l’indépendance de la communauté par rapport aux scientifiques. Les paysans deviennent autonomes et reproduisent les mêmes schémas de sélection sur d’autres cultures (tomates…).

Après une première phase de collecte/ évaluation/ caractérisation des variétés locales présentes, on distingue plusieurs étapes, à partir de ces variétés locales et/ou de variétés populations exogènes venant d’autres régions et de la collection de l’EMBRAPA : plusieurs cycles de sélection massale, puis mélange des 36 populations issues de ces sélections massales, puis sélection à la ferme. Par exemple, la variété CATETO, obtenue ainsi, est très rustique, moyennement productive (1/2 des hybrides les plus performants cultivés dans les meilleures conditions), mais indépendante des apports P et N.

Avec ces travaux de sélection, se pose le problème de la propriété intellectuelle : à qui appartient la variété ? Deux situations existent aujourd’hui :

  • si la variété est issue de sélection à partir de populations appartenant à l’EMBRAPA, elle appartient à l’EMBRAPA, mais reste du domaine public. Tout le monde, paysans comme semenciers, peut ressemer et revendre. Dans certains Etats, la Préfecture peut la certifier. La variété SOL DE MANHA, issue de sélection participative, destinée à la consommation et à la transformation, est la variété EMBRAPA la plus vendue au Brésil.
  • si elle est issue de sélection participative à partir de populations locales, elle n’appartient jamais à l’EMBRAPA. Une autorisation expresse de la communauté locale est nécessaire pour définir ce que le chercheur peut faire ou ne pas faire.

Parmi les sélections EMBRAPA (hybrides et populations), les variétés populations issues de variétés locales obtiennent les meilleurs résultats en comparaison directe in-situ. L’évaluation « pondérale » est faite par les scientifiques, une seconde évaluation est faite par les agriculteurs : ce qu’ils aiment.

Mais l’EMBRAPA, organisme public pluriel, s’occupe aussi et surtout d’agriculture commerciale, pour laquelle les OGM sont un gros axe de travail : sur 4O centres EMBRAPA, 25 travaillent sur OGM. Le manioc, l’arachide…, dont le Brésil est centre d’origine, sont menacés. Des cotons ont été contaminés dans le centre du Brésil. Sur 600 variétés locales d’arachides, l’EMBRAPA n’a travaillé qu’avec 3 . Les projets participatifs sur manioc sont arrêtés pour faire des OGM. Pourtant, la sélection participative est moins chère et plus durable pour les paysans, y compris dans les cultures commerciales.

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