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Sélection participative en Syrie

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Livre : Voyage autour des blés paysans, par le Réseau Semences Paysannes
Bulletin N°19 | Août 2006

En novembre 2005, à Poitiers, un chercheur italien intervient au Séminaire « Libérons les semences », coorganisé par CNDSF et le Réseau Semences Paysannes. Salvatore Ceccarelli, qui travaille en Syrie, est une référence mondiale en matière de « sélection participative ». Il prend alors la mesure de la situation française (grave perte de biodiversité cultivée, monopole des semenciers, freins réglementaires) et invite en retour le groupe céréales du Réseau Semences Paysannes à visiter le travail de son équipe et des paysans syriens. C'est ainsi que fin avril 2006, une petite délégation française de paysans, chercheurs et « facilitatrices » part à la rencontre de l’expérience syrienne de sélection participative des céréales.

Salvatore Ceccarelli, spécialiste de la sélection de l'orge, est chercheur à l’ICARDA, Centre international de recherche agronomique en zones sèches, basé à Alep en Syrie. Il constate que les variétés qu’il sélectionne à l’Icarda ne sont pas adoptées par les paysans auxquels elles sont destinées ; elles ne répondent pas aux besoins spécifiques et très diversifiés d’une agriculture de zones arides.

Des frigos de l’ICARDA aux champs des paysans

Photo C Olivier

En 1996, Salvatore propose alors à plusieurs paysans et communautés paysannes syriennes un partenariat pour un programme de sélection participative. Les essais, la sélection et la multiplication des variétés se font dans les champs, en « conditions réelles », selon les pratiques des paysans. Toutes les mesures effectuées sont mises à disposition des paysans qui définissent les critères de sélection dont ils ont besoin : critères visuels, esthétiques et données chiffrées peuvent être pris en compte. L’ICARDA met à disposition des paysans sa collection de ressources génétiques et son savoir-faire technique de sélection variétale.

Vingt-trois groupes ou villages répartis sur le territoire syrien sont partenaires de ce programme de sélection participative. Le cycle de sélection est de 3 ans : 200 descendances F3 issues de croisements entre populations traditionnelles, variétés plus récentes et orge sauvage sont testées en 1ere année chez un paysan du village. Parmi celles-ci, 30 sont sélectionnées par le groupe de paysans, selon leurs propres critères, et sont multipliées sur des placettes plus grandes et chez l'ensemble des paysans intéressés dans le village. En 3e année, quelques variétés sont retenues et multipliées, mais soumises aux nouvelles exigences d’amélioration des paysans. Elles seront testées de nouveau en année 4 avec de nouvelles variétés.

A tout moment, un ou plusieurs paysans peuvent interrompre le processus et retenir une variété-population, la multiplier et disposer des semences. L'ICARDA a même investi dans quatre postes de nettoyage et tri des semences qui permettent aux paysans une complète autonomie en terme de semences.

La diversité au coeur de la sélection

Photo C Olivier

La délégation française a visité 4 régions différentes, rayonnant depuis la métropole d'Alep, située au nord-ouest de la Syrie. Elle a constaté des résultats contrastés, en fonction des situations spécifiques de chaque zone (type d'agriculture et d'élevage, niveau d'aridité et accès à l'irrigation, etc;). Chaque groupe régional de paysans adopte progressivement certaines variétés-populations d’orge, qu’ils continuent à faire évoluer. Les zones les plus arides comme celle de Bylounan (200 mm de précipitation par an, dont 140 mm de novembre à janvier, avec des températures rudes en hiver) qui borde le désert. Là-bas, l’orge est la seule culture possible, même les lentilles, très résistantes aussi, n’y poussent plus. Face à la sécheresse et à la problématique de la monoculture, la réintroduction de biodiversité intra-spécifique offre une certaine marge de manœuvre. Ce sont dans ces régions aux conditions extrêmes que l’attente était la plus forte pour les paysans démunis et sans illusion. Conséquence directe des meilleures récoltes obtenues : des situations sociales et économiques qui s’améliorent. Salvatore nous confie : « C’est cela l’essentiel ! Ce sont les paysans qui savent ce dont ils ont besoin ; et ils ont l’expérience. Après tant d’années de recherche en sélection selon des schémas classiques, c’est seulement maintenant que mon travail prend du sens. Ce qui manque au monde de la Recherche, c’est savoir écouter et respecter les paysans. »

Parole des visiteurs


Photo C Olivier

« Ces expériences sur l’orge et le blé m’intéressent d’autant plus que notre région subit une sécheresse grandissante : environ 300 mm d’eau en 2005 sur ma ferme ! Ce travail de sélection participative montrent qu’il existe des voies alternatives possibles.» Florent Mercier (paysan en Anjou)

« C’est très intéressant de voir la diversité des conditions environnementales, économiques, sociologiques et culturelles des situations sur lesquelles l’équipe de Salvatore travaille. Je suis frappée par l’énergie de Salvatore, impressionnée par l’alliance et presque alchimie des trois dimensions chercheur + station du Centre de recherche + sélection paysanne. Je ne m’attendais pas à un tel travail et de tels résultats. La question qui suit et que nous devons méditer est : comment extraire l’essentiel de cette expérience qui marche ? Que peut-on en tirer pour faire avancer nos problématiques en France ? ». Isabelle Goldringer (chercheur à l’INRA)

« Ici, on demande l’avis aux paysans, et ce sont mêmes principalement eux qui décident ! Chez nous on nous fait croire que les paysans ne savent pas ce dont ils ont besoin en matière variétale, et bien évidemment qu’ils ne savent et n’ont jamais su faire de sélection ! Avant de venir je m’intéressais aux semences paysannes parce que je suis en bio et que je cherche de la qualité pour mon pain. Ce que je découvre ici remet profondément en cause mes préjugés et ma façon de fonctionner sur ma ferme. C’est un bouleversement. A mon retour, ce sera important pour moi de communiquer ce que j’ai vu et appris ; il faudra chercher la façon de le partager au mieux et le plus largement possible. » Michel Périn (paysan-boulanger en Poitou-Charentes)

La sélection participative selon Salvatore

«Je vois la sélection participative comme une série de perfectionnement de ma démarche scientifique »

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