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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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Conserver, sélectionner, cultiver, produire : de l'intérêt d'une approche participative pour valoriser la diversité génétique

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A l'occasion des Assises Régionales de la Biodiversité cultivée, qui se sont tenues à Marseille, le 16 octobre 2009, Isabelle Goldringer, chercheuse en génétique des populations à l'INRA, a plaidé pour une approche associant scientifiques et acteurs de terrain et réconciliant l'agriculture et la biodiversité.

RSP : Comment prendre en compte la biodiversité cultivée dans la recherche agronomique ?
IG : La recherche est confrontée à un nouveau contexte : le besoin de modération de la consommation des énergies fossiles et la prise de conscience des risques environnementaux et sanitaires de certaines pratiques agricoles. Une étude menée par l'IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development) qui a réuni des gouvernements, des organisations internationales, des organisations de la société civile et le secteur privé a reconnu que, si les sciences et technologies ont permis des gains de rendement certains dans les cultures, ces gains sont inégalement répartis et se sont accompagnés de conséquences environnementales et sociales négatives. l'IAASTD préconise ainsi des changements structuraux drastiques dans la gouvernance et le développement de la recherche en agronomie pour que ces bénéfices soient partagés plus équitablement. Cela suppose une réorganisation de la recherche, de l'innovation, pour augmenter la participation, notamment des paysans. L'IAASTD propose également que l'approche soit plus globale, dans un cadre agroécologique, où la diversité soit valorisée à tous les niveaux, du champ au paysage.

RSP : Agriculture et biodiversité n'ont pas toujours fait bon ménage...
IG : C'est vrai. Des études montrent que les populations d'oiseaux ont diminué de manière très importante dans le milieux cultivés. Ma démarche est de réconcilier les visions :

  • des écologues, qui s'adressent à la diversité à tous les niveaux, individus, populations, espèces, ecosystèmes : on est là dans la conservation in situ
  • et des agronomes, qui voient la diversité comme un réservoir, la matière première, conservée aujourd'hui dans les banques de ressources génétiques ex situ.

Beaucoup de plantes domestiques sont cultivées dans les champs contribuant énormément à la production mais pas à l'évolution de la biodiversité. Toute la conservation et la sélection est faite par seulement quelques sélectionneurs : cette compartimentation est contraire à la vision intégrative de l'agroécologie où serait à nouveau réunie dans les champs les activités de conservation, sélection et production, de manière à avoir une agriculture plus résiliente au cours du temps, capable de répondre aux changements climatiques. Ainsi il n'y a pas de contradiction entre la sélection, la production, le renouvellement de la biodiversité : si celle-ci est distribuée entre chaque paysan, dans des environnements différents, on a un système diversifiant et la diversité augmente à l'échelle globale.

RSP : La sélection participative peut donc contribuer à renouveler la biodiversité cultivée?
IG : La sélection participative – associant les chercheurs des instituts agronomiques et les paysans – est efficace pour répondre au manque de variétés. L'expérience de l'ICARDA en Syrie sur l'orge montre qu'en travaillant avec les paysans on peut améliorer considérablement la production des variétés paysannes et la diversité. Salvatore Ceccarelli, chercheur à l'ICARDA, a démontré que les paysans avaient des compétences pour faire leur sélection dans les fermes : il montre que si on se contente de décentraliser la sélection, on peut passer à côté du développement de sélections utiles car on n'aura pas utilisé les connaissances très particulières que les paysans ont de leur champ et de leur milieu. La réunion dans un même champ des activités de production, sélection, conservation, pour renouveler la variabilité – lorsqu'une population a un peu trop rétréci sa base génétique – permettent un meilleur maintien de la diversité. Les travaux de la FRB (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité) ont par ailleurs montré que la variabilité conservée dans les champs était complémentaire de celle conservée dans les banques de graines [NDLR : voir bulletin de liaison N°30].

Peux-tu nous parler d'actions de sélection participative sur les blés?
Le dispositif PICRI (Partenariat Institutions Citoyens pour la Recherche et l'Innovation) de la région Ile de France est l'occasion inespérée de pouvoir faire financer des recherches associant le Réseau Semences Paysannes, les chercheurs de l'INRA et Nature & Progrès Ile de France (consommateurs). L'objectif est de sélectionner des populations et variétés adaptées aux conditions locales, et à hautes qualités nutritionnelles et gustatives. Pour ce faire, des méthodologies ont été développées dans le cadre d'un fonctionnement participatif associant producteurs, consommateurs, transformateurs et équipes de recherche institutionnelle. On peut distinguer trois volets dans les PICRI :

  • la recherche fondamentale sur les mécanismes d'adapation du blé,
  • la recherche sur la qualité gustative et nutritionnelle : un travail étroit avec les paysans et les consommateurs de Nature & Progrès a permis de mettre en place une grille d'évaluation organoleptique pour comparer des pains faits à partir de mélanges variétaux différents. Une analyse nutritionnelle de leurs caractères a pu être établie : un travail sur les critères a par conséquent été mené pour orienter la sélection des variétés adaptables. Des tests grandeur nature de dégustations ont été menés auprès de consommateurs, au salon Marjolaine et à la fête de l'Humanité.
  • un volet recherche-action de gestion et sélection participative de populations de blé en Ile de France : nous sommes partis d'une grande variabilité réunissant des variétés de pays régionales (en Ile de France par exemple avec le Blé de Crépi, le Blé de Gatine, le Champagne Barbu…) ou non (Rouge de Bordeaux, Barbu du Roussillon, Saissette de Provence…), de variétés issues de banques de graines ou d’autres paysans, de variétés plus récentes françaises ou européennes, de mélanges de variétés ou populations (mélange de Touselle, mélange de James..) et de populations en ségrégation issues de croisements faits à la ferme. Ces variétés ont été mises en culture à la ferme et évaluées avec des critères agronomiques, phénotypiques observables aux champs, sur le comportement de ces variétés en panification et enfin sur la qualité nutritionnelle et gustative (volet précédent).

 Quelques mots de conclusions ?
Il est crucial d'avoir cette approche globale s'appuyant sur le développement de la diversité du champ au paysage, de travailler de manière interdisciplinaire (généticiens, écologues, sciences sociales, agronomes, modélisateurs) en partenariat avec les citoyens, les gens de terrain. L'agriculture de demain se prépare maintenant dans la recherche.

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