Pourquoi une campagne ?
L'Union européenne a engagé une révision de l'ensemble de ses directives et règlements sur la commercialisation des semences (catalogue) et sur la propriété industrielle des plantes cultivées (Certificat d'Obtention Végétale et brevet sur les gènes ou les procédés d'obtention). Tous les scénarios débattus ignorent les droits des agriculteurs et ne s'intéressent qu'à ceux de l'industrie semencière.
En France, une proposition de loi a été votée par le Sénat le 8 juillet 2011, et devrait être examinée par l’Assemblée nationale à l’automne. Elle vise à confier au gouvernement la rédaction de décrets remettant en cause les droits des agriculteurs.
À l’inverse, les dispositions des traités internationaux qui reconnaissent les droits des agriculteurs ne sont toujours pas appliquées !
La semence est le premier maillon de la chaîne alimentaire. De sa qualité dépend la qualité de notre nourriture et de l'environnement agricole. Les semences commerciales aujourd'hui disponibles ont été sélectionnées pour les engrais et les pesticides chimiques et pour l'industrie agroalimentaire. Ce modèle qui nous a sorti des disettes passées se heurte désormais aux impasses sanitaires, environnementales et sociales qu'il a engendrées, aggravées par les crises climatiques, énergétiques et les spéculations financières. Les paysans qui veulent en sortir ne trouvent plus de semences adaptées à une agriculture plus saine et plus autonome. Les lois combattent leurs droits de les sélectionner, de les conserver, de les reproduire et de les échanger et répriment les artisans semenciers qui souhaitent leur en vendre.
Toutes les plantes agricoles sont pourtant issues de semences sélectionnées et conservées de générations en générations par les paysans. Ces semences sont indissociables de leurs savoirs, de leurs savoir-faire et des liens culturels qui unissent leurs communautés. Chaque fois qu'ils échangent leurs semences et ressèment une partie de leur récolte précédente, les paysans créent de la biodiversité grâce à l’apparition puis à la sélection de nouveaux caractères résultant de l'adaptation à la diversité de leurs terroirs, des climats, de leurs pratiques et des besoins des communautés humaines : toute plante cultivée est le résultat d’une co-évolution entre le milieu naturel, les cultures agricoles et les communautés paysannes. C'est ainsi que sont nées les centaines de milliers de populations de plantes qui nous nourrissent, toutes différentes les unes des autres et en perpétuelle évolution.
De nombreux paysans, jardiniers et artisans-semenciers participent aujourd'hui activement à ce travail collectif de conservation, de renouvellement et de diffusion de la diversité des plantes cultivées. Leur ouvrage est aujourd’hui soumis à un double danger :
Le remplacement des semences paysannes par quelques variétés industrielles standardisées pour les besoins de l'industrie conduit à réduire la biodiversité cultivée. À l’échelle planétaire, la FAO estime que 75 % des variétés cultivées ont disparu entre 1900 et 2001.
Le libre accès des paysans à leurs semences est de plus en plus restreint au nom de la défense des « droits de propriété industrielle » – au point de vouloir leur interdire de ressemer une partie de leur propre récolte, ou de leur imposer le paiement de royaltie pour pouvoir le faire, d'échanger leurs semences et de les protéger des contaminations génétiques et de la biopiraterie !
Si, après avoir été les contributeurs essentiels de cette biodiversité cultivée, les paysans sont réduits au seul rôle de consommateurs de semences industrielles, il n'y aura alors plus d'acteurs pour la préserver et la développer.
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