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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
Semences Paysannesa

Ouvrir le marché aux semences paysannes

reconnaître la diversité et la variabilité intravariétales des variétés population

Réseau Semences Paysannes, 29 avril 2009

Résumé

La diversité et la variabilité des plantes sont indispensables à leur adaptation à la diversité et à la variabilité des milieux de culture. Or aujourd’hui, seules les semences de variétés homogènes et stables sélectionnées par les firmes semencières, peuvent être commercialisées. Ces variétés totalement dépendantes des engrais et des pesticides chimiques, sont incapables d’évoluer et de s’adapter. Alors que les changements économiques, sociaux et climatiques s’accélèrent, l’ouverture du marché aux semences paysannes de variétés de populations non homogènes et non stables devient indispensable… Ce que l’Union européenne semble ne pas avoir compris.

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Texte complet

Depuis la naissance de l’agriculture, les paysans ont utilisé la variabilité génétique naturelle des plantes pour augmenter leur diversité afin de les adapter à la diversité et aux évolutions des territoires, des climats et de leurs besoins. Ils ont ainsi sélectionné dans leurs champs une multitude sans cesse renouvelée de populations de plantes diversifiées et variables.

Les révolutions vertes récentes ont au contraire promu « l’amélioration des plantes ». Cela consiste à sélectionner au laboratoire des individus « élites », puis à les reproduire à l’identique en station expérimentale tout en prenant soin d’éradiquer tous les « hors type ». La performance de ces variétés élites consiste à remplacer le travail paysan qui stimule les échanges entre les microorganismes des sols et les sucres issus de la photosynthèse, par l’énergie fossile transformée en engrais chimique et travail mécanique. La reproduction à l’identique de cette performance est dépendante de l’homogénéisation et de la stabilisation de la diversité et de la variabilité des milieux de culture par l’engrais chimique, les pesticides et le travail mécanique. Cette émancipation des contraintes de l’environnement a permis à la recherche scientifique de construire la théorie de la reproduction à l’identique de l’information génétique sélectionnée quel que soit le milieu.

La « supériorité de la variété du sélectionneur » s’est imposée au champ où elle « dégénère » en corrigeant « l’infériorité du paysan » avec les béquilles chimiques. Le caractère éphémère de son homogénéité et de sa stabilité s’est habilement caché derrière le slogan de l’innovation industrielle permanente. Ces théories scientifiques ont justifié la création d’une industrie semencière réfugiée au laboratoire et dans la station expérimentale, et totalement séparée des champs auxquels elle a imposé les conditions artificielles de la station et du laboratoire. Les techniques de sélection de plus en plus sophistiquées ne sont plus à la portée des paysans (Voir article Une Europe sans organisme génétiquement modifié) et échappent à leur contrôle. De producteurs de leurs semences, les paysans deviennent de simples utilisateurs des semences industrielles.

Ces variétés industrielles ont conquis les champs européens grâce aux subventions des politiques agricoles et à un cadre juridique qui interdit tout échange gratuit ou commercial de semences paysannes aux caractères morphologiques diversifiées et variables. Sans diversité et variabilité intravariétales, ces semences ne peuvent plus s’adapter à la diversité ni à la variabilité des territoires et des climats. Sans échanges, elles ne peuvent plus évoluer, être conservées ou sélectionnées et disparaissent.

Les lois semencières ont ainsi été les premières à inventer les normes réservant l’accès au marché aux produits de l’industrie : l’obligation d’inscription au catalogue de variétés morphologiquement homogènes et stables (DHS) assure depuis un demi-siècle la suppression de toute concurrence aux semences industrielles et le monopole de leur multiplication par les détenteurs des lignées inscrites. Pour les espèces de grandes cultures agricoles, l’inscription au catalogue ajoute des normes de rendements qui dépendent totalement des engrais chimiques et des normes d’adaptation aux transformations industrielles (VAT – valeur agronomique et technologique), excluant toutes les transformations artisanales. Au coût de l’inscription, s’ajoute pour les mêmes grandes cultures celui de la certification des lots de semences commercialisés. Ces coûts aggravent l’érosion de la biodiversité cultivée en éliminant les petits opérateurs et les variétés locales à faible diffusion.

Un projet de réforme des règlements européens (better régulation) prévoit d’autoriser « l’auto certification sous contrôle officiel », de la généraliser à toutes les espèces et d’y intégrer de nouvelles normes sanitaires, phytosanitaires et OGM baptisés du doux vocable « d’objectifs du développement durable ». Cette privatisation supplémentaire du service public qui contrôle le respect de la loyauté du commerce, favorisera encore la concentration de l’industrie semencière, la soumission des lois à ses besoins propres ou leur contournement au prétexte de confidentialité des autocontrôles, et les variétés à large diffusion au dépend de la biodiversité.

Les généticiens bio moléculaires reconnaissent aujourd’hui que l’épigénétique (ce qui est autour du gène) est aussi important que le gène et que les influences du milieu s’impriment dans l’hérédité génétique. L’épuisement des énergies fossiles, les dommages causés à l’emploi, à l’environnement, à la santé et au climat par la mécanisation excessive, les engrais et les pesticides chimiques, et la destruction des sols qu’ils engendrent, annoncent la fin des possibilités de progrès provenant des sélections industrielles. Les nouvelles promesses annoncées par les promoteurs des biotechnologies allongeront l’addition des effets néfastes des béquilles artificielles à bout de souffle dont elles restent toutes dépendantes.

L’accélération et la diversité des changements économiques, sociaux et climatiques imposent au contraire une augmentation de la capacité des plantes à évoluer pour s’adapter rapidement, capacité que l’on ne trouve que dans les semences paysannes. Massivement disparues des territoires d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, elles y renaissent aujourd’hui avec les agricultures biologiques, paysannes et l’agroécologie. L’ouverture du marché aux semences paysannes de variétés populations non homogènes et non stables devient indispensable. La directive européenne de 2008 sur les « variétés de conservation » ne répond pas à cette attente puisqu’elle se limite aux variétés homogènes et stables avec 10 % de hors type, ce qui n’a rien à voir avec une variété population à pollinisation libre qui regroupe autour de caractères d’intérêt constants des plantes toutes différentes les unes des autres dans des proportions variables suivant les années et les terroirs.

propositions :

  • Autoriser la commercialisation de variétés populations diversifiées et variables, sans barrières tarifaires ou techniques d’accès au marché autres que leur identification (origine et méthode de sélection), un taux de germination suffisant et des garanties sanitaires adaptées concernant les maladies contagieuses,

  • Maintenir un service public de contrôle du respect des lois publiques sur le commerce des semences. Pour les semences reproductibles issues de techniques de sélection et de multiplication à la portée de l’utilisateur final, l’enregistrement des variétés et le contrôle doivent être gratuits,

  • Maintenir les certifications privées comme un système parmi d’autres de garantie des revendications de qualité privées.

informations légalesRéseau Semences Paysannes 3, av. de la Gare 47190 AIGUILLON
Tel. 05 53 84 44 05 • Fax. 05 53 84 69 48 • courriel
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