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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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BIODIVERSITE : L’INDISPENSABLE RESPECT DES DROITS DES PAYSANS

Guy Kastler, 8 novembre 2007

Résumé

Guy Kastler a représenté la Via Campesina lors de la cérémonie d’ouverture du Comité directeur du TIRPAA le 29 octobre 2007 à Rome. Lors de cette réunion, des discussions importantes, concernant le droit des paysans, ont eu lieu.

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Texte complet

En ressemant chaque année une partie de leur récolte, les paysans renouvellent la biodiversité cultivée. Les échanges de semences et les sélections paysannes augmentent le nombre de variétés, mais aussi la variabilité et la diversité intra variétales des populations cultivées, indispensables à leur adaptation à la diversité des terroirs, aux évolutions climatiques et aux modifications sanitaires qui s’en suivent. La simplification des systèmes agricoles issue d’un demi-siècle de révolutions vertes a provoqué une immense érosion de cette diversité cultivée. Les variétés « améliorées » se sont imposées par l’homogénéisation des pratiques agricoles et des milieux grâce au paquet technologique subventionné par les politiques agricoles : engrais chimiques, pesticides et énergie fossile.

Pour éliminer toute concurrence, les lois semencières (catalogue commun des variétés obligatoire) et de protection de la propriété intellectuelle (brevet, COV) ont rendu illégales les centaines de milliers de variétés paysannes en interdisant les échanges de semences entre paysans et leur reproduction à la ferme. Alors que les variétés améliorées sont toutes issues de variétés « découvertes » dans les champs des paysans, ce sont les paysans qui ressèment une partie de leur récolte qui sont désormais accusés de « contrefaçon ». Au Nord, les variétés paysannes ont ainsi disparu des champs avec les communautés agraires qui les faisaient vivre, au Sud, elles sont de plus en plus menacées. Elles ont été collectées puis enfermées dans des banques de « ressources phytogénétiques ». Matière première indispensable à l’industrie semencière, elles ne sont cependant conservées que provisoirement car, sorties de leur cadre naturel, elles ne se renouvellent plus et dépérissent inévitablement.

Les OGM ne sont que la signature technique du propriétaire du brevet qui les protège : « traçables » jusque dans l’assiette du consommateur, les champs, les centres d’origine et les collections des banques de gènes qu’ils contaminent peu à peu, ils permettent à une poignée de firmes semencières d’imposer leur police génétique à l’ensemble de la planète. Tout comme les hybrides, les nouvelles « biotechs » (plantes mutées, nanotechnologies, gènes « suicides »…) ne visent qu’à perfectionner cette domination par des verrous technologiques interdisant la reproduction des semences par les paysans.

Les semences de l’industrie sont toutes sélectionnées pour ne pousser qu’avec le paquet technologique. La grande majorité des paysans de la planète pratiquent des agricultures paysannes vivrières et ne disposent pas des ressources financières nécessaires à leur achat. Les « ressources phytogénétiques » conservées « in situ », dans leurs champs, sont pour eux leur premier outil de travail, avec la terre et l’eau. Les paysans intégrés dans l’économie marchande des produits biologiques refusent quand à eux ce paquet technologique. Les variétés traditionnelles désormais enfermées dans les banques leur sont indispensables pour démarrer de nouvelles sélections.

C’est pour assurer la conservation des ressources indispensables à ce nouveau système semencier marchand que le TIRPAA1 est rentré en vigueur en 2004 : mécanismes d’échanges garantissant l’accès de l’industrie aux ressources enfermées dans les banques, financement des capacités des pays pauvres à sauvegarder leurs ressources et « droits des paysans à ressemer, conserver, échanger et vendre leurs semences » et à accéder aux ressources en sont les piliers. La promesse d’un irréalisable « partage équitable des avantages » issus des brevets ou des COV, proposé par la Convention de Rio sur la Biodiversité, n’est destinée qu’à faire croire que les paysans auraient un intérêt à renoncer à leurs droits collectifs au profit des droits de propriété intellectuelle de l’industrie. Alors que l’industrie semencière dispose chaque année d’un marché de 23 milliards $ et que 100 millions $ ont déjà été réunis pour sécuriser les grandes banques des pays du Nord, la France, l’Allemagne et l’Australie ont tenté d’empêcher le TIRPAA, lors de son comité directeur réuni à Rome fin octobre, de disposer des 4,9 millions $ indispensables à son fonctionnement. L’accès aux banques étant désormais garanti pour les firmes, ces trois états veulent empêcher le Traité de garantir la souveraineté des pays du Sud sur leurs ressources et le respect des droits des paysans. Face aux protestations des autres états sensibles aux arguments des organisations paysannes et des ONG présentes, l’Italie et l’Espagne ont provisoirement débloqué la situation en proposant les fonds nécessaires.

Cet affrontement est le reflet des conflits qui se tendent autour du lien qui attache la biodiversité cultivée au respect des droits des paysans. Faudra-t-il attendre les émeutes de la faim pour arrêter l’actuelle institutionnalisation mondiale de la biopiraterie qui nous mène, avec la disparition programmée de la biodiversité qu’elle engendre, à notre perte ?

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