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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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2010, année de quelle biodiversité?

2010 a été déclarée par les Nations Unies « Année internationale de la Biodiversité », campagne reprise par la France qui déclare la biodiversité « cause majeure » en 2010. Alors que les évènements et campagnes de communication se multiplient, il est utile de s’accorder sur ce que l’on entend par biodiversité.

Une diversité sauvage?

Parmi les illustrations de l'omniprésence du terme, sur les paquets d'une célèbre marque de biscuits, on peut lire actuellement :
Engagement n°3 : Biodiversité
2 à 3% de la surface de chacun de ces champs de blé [qui servent à la fabrication des petits Lu] sont dédiés à une bordure fleurie : elle offre aux abeilles et papillons le pollen et le nectar dont ils ont besoin pour se nourrir.1
L'approche de la biodiversité est ici très claire : une « marge » préservée, pour des espèces à protéger : les abeilles et papillons. Un rapide coup d’œil sur le site officiel français de la campagne 2010 année de la biodiversité2 permet de voir que là aussi, il est beaucoup question d'espèces, et d'espèces sauvages (et « menacées ») en particulier. On trouve néanmoins un paragraphe où il est question de plantes cultivées, et non seulement d’espèces mais aussi de variétés :
« Dans les années 1970, le virus du nanisme du riz dévastait les rizières de l’Inde et de l’Indonésie, où était cultivé un riz à haut rendement. L’institut international du riz a dû tester 6 273 types de riz avant de trouver une variété porteuse des gènes de résistance à cette maladie : il s’agissait d’une espèce indienne Oryza nivara, par ailleurs de qualité médiocre, découverte par les scientifiques quelques années auparavant seulement. On l’a croisé avec le type cultivé le plus répandu et l’hybride résistant ainsi obtenu couvre aujourd’hui plus de 100 000 kilomètres carrés de rizières en Asie. »
À peine a-t-on reconnu l’intérêt d’avoir accès à 6 273 « types » de riz, qu’on se félicite que le résultat est un seul hybride (donc très peu de diversité à l’intérieur d’une même parcelle) qui couvre à lui seul plus de 100 000 km² : curieuse approche de la diversité…
En 2002 en France, en blé tendre, seulement sept variétés couvrent 50% des surfaces cultivées, et 28 variétés couvrent 80% des surfaces cultivées3.

La biodiversité, ça se cultive aussi

Dans le même temps, dans certaines fermes de notre réseau sont cultivées sur la même parcelle des mélanges de plus de 60 variétés-populations différentes. Cela représente autant de diversité maintenue par les premiers concernés : les paysan-ne-s et jardinier-e-s qui cultivent ces plantes. Quand la plupart des variétés de plantes cultivées sont réduites à n'être que des « ressources génétiques » (comme dans le cas du riz précité), statiques, dans des frigos de centres qui ont de moins en moins de moyens pour les entretenir, cultiver ces variétés dans nos fermes, c’est non seulement maintenir cette diversité, mais aussi la cultiver, l'enrichir, la mouvoir.

Une diversité Homogène et Stable ?

Reprenons l’exemple du blé tendre : les sept variétés dominantes sont des lignées pures, c’est à dire qu’elles contiennent une diversité intravariétale quasiment nulle. C’est ce qui a été recherché dans la sélection végétale au cours du vingtième siècle, où le paradigme de la fixité et de la pureté variétale a triomphé4. Ainsi, les normes d’inscription d’une nouvelle variété au catalogue officiel des variétés en France, normes dites « DHS » (Distinction, Homogénéité et Stabilité), posent des limites très claires quant à la possibilité de diversité et de variation des plantes cultivées. À l'inverse des lignées-pures et des hybrides, les variétés-populations sont composées d'une multitude d'individus aux couleurs, formes, résistances, rendements et capacités d'adaptation différents, dont la présence dans une parcelle va évoluer d'année en année. Cultiver ces populations, c'est rechercher et faire vivre une diversité végétale dynamique, hors des standards et de la pureté.

Biodiversité cultivée, biodiversité culturelle ?

La diversité des plantes que l'on cultive est importante, qu'elle soit « intraspécifique », « interspécifique » ou « écosystémique », selon les catégories que lui donnent les naturalistes. Mais elle ne saurait avoir de sens sans donner aussi toute son importance à la diversité de nos pratiques, de nos savoirs, de nos fermes, de nos organisations collectives et des humain-e-s qui portent ces projets. Étymologiquement, biodiversité signifie la diversité du « vivant ». C’est bien cette diversité que l'on retrouve dans les semences paysannes, et c’est celle-là qu’il nous faut défendre et affirmer, en 2010 et après : des espèces, des variétés, des populations végétales, mais aussi des humain-e-s, des pratiques et des savoir-faire vivants, et diversifiés.

 

 

1 http://www.petitlu.fr/biodiversite.htm
2 http://www.biodiversite2010.fr
3 source : www.semencespaysannes.org
4 Voir à ce sujet BONNEUIL C. et THOMAS F., Gènes, Pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de productions des savoirs de Mendel aux OGM, Quae/ FPH, 2009.

 

 

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